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Le festival Mira de Barcelone: nos sens en ébullition !

Du 8 au 10 novembre, s’est déroulé le surprenant festival Mira à Barcelone. Invités pour la première fois à couvrir l’évènement, nous nous sommes rendus à la fabrique « Fabra i Coats » avec une curiosité non feinte tant le Mira fait aujourd’hui parler de lui à l’extérieur de la capitale catalane.

Le lieu en lui-même, la fabrique de création «Fabra i Coats» mérite quelques précisions. Centre culturel dédié aux initiatives artistiques situé à l’extérieur du centre-ville, il fait régulièrement l’objet de critiques de diverses associations barcelonaises tant les immenses salles qu’il renferme sont difficiles à réserver, y compris pour les étudiants aux Beaux Arts qui ne peuvent que très rarement y exposer leurs travaux et ce, malgré l’affiliation du musée d’art contemporain de Barcelone au centre culturel. Les considérations économiques ne comptant parmi ses priorités, le centre culturel Fabra i Coats répond à une logique d’appel d’offre aux critères des plus sévères, de ce fait, il ne sélectionne que les projets les plus innovants et les mieux aboutis. Réussir à organiser un festival en ce lieu demeure gage de standards très élevés et force est de constater qu’ils ont été respectés à la lettre par l’organisation.

Le «Mira» est bien plus qu’un festival de musiques électroniques avec leur lot de producteurs et DJ’s. Contrairement à quelques rassemblements dont nous aurons la délicatesse de ne pas nommer, les arts digitaux qu’il entend ici mettre en valeur ne sont pas un grossier argument marketing pour «anoblir» un courant musical et rassurer les pouvoirs publics, ils figurent bel et bien au centre de la manifestation dans une approche résolument réflexive servie par des prouesses technologiques.

Il nous est difficile de sélectionner les performances qui nous ont le plus marquées tant nos sens furent mis à contribution durant ce WE, plus difficile encore de séparer les arts digitaux du programme musical puisque les deux se trouvaient liés par le concept même du festival. Habituellement méfiants envers la promotion de sound system qui se révèle finalement décevant, la 3D Sound Room by SON Estrella Galicia où se sont produits les live d’artistes tels que M.E.S.H, Gaika, Tapan, rRoxymore,Varg, Borusiade, Alessandro Adriani… nous a enthousiasmés. Totalement enveloppés dans une bulle sonore, chaque fréquence produite par le système 3D semblait effleurer notre peau d’où cette curieuse sensation de pouvoir «toucher la musique». Nos coups de cœur vont au duo percutant Christian Len ainsi qu’à Borusiade dont l’ambient puissant et lumineux a ravi les festivaliers.

La Main Room répondait d’un autre concept puisqu’il s’agissait d’offrir au public des live, des DJ sets et des VJ (Video-jockey) sets réalisés par des artistes de référence mondiale pour promouvoir une approche globale des arts numériques. Si la venue du groupe Tangerine Dream constituait un événement en soi, nous avons été marqués par la prestation tonitruante de Yves Tumor; le membre de Dogfood Music Group a donné un show où sa musique hardcore expérimentale accompagnée par les fantastiques projections d’Ezra Miller ont assommé les spectateurs. Rival Consoles a lui aussi marqué les esprits, la subtilité de ses productions a bouleversé la Main Room. Dans un esprit rave, Avalon Emerson a clôturé le festival avec un set dense et inspiré.

Le Mira Dome by Adidas était l’une des attractions de ce festival et n’a pas déçu malgré la longue attente qu’il générait. Nous avons ainsi assisté aux projections de Contempory Hardcore de Konx-Om-Pax ainsi que de Spectrum of the Coral réalisé par Fragmatista. Allongé et les yeux rivés vers le dome, le public était plongé dans un univers virtuel dépourvu de dimension. Notre préférence va film Contempory Hardcore dans lequel nous avons eu l’impression de flotter dans l’espace entre l’infiniment grand et l’infiniment petit.

Deux grandes salles ont été spécialement aménagées pour accueillir les œuvres de Nick Verstand/Salvador Breed «Imaginary Limit» et Guillaume Marmin «Licht, Mehr Licht!». Nous avons été séduits par la proposition du duo Verstand/Breed qui consistait à des projections laser qui parvenaient à fragmenter la salle en fonction des sons produits.

Crédit Photo : Alba Rupera/Xarlene Visuals

Enfin l’exposition «The search for (modern) pleasure» du centre d’art contemporain Fabra i Coats questionnait notre relation au plaisir dans un univers de plus en plus numérique qui n’a pas manqué de piquer au vif l’attention des festivaliers.

Pour notre participation, le festival Mira s’est avéré à la hauteur de nos attentes. De la musique au graphisme en passant par les innovations technologiques, il parvient à englober les différents secteurs concernés par les arts digitaux et nous interroge sur les transformations en cours de nos sociétés. Pour autant, n’allez pas croire que cette démarche n’autorise pas l’extase que les festivaliers recherchent à travers la musique car si nous avons beaucoup appris nous nous sommes encore plus amusés. Alors que Barcelone est souvent décriée pour la culture de masse à laquelle elle aurait cédé son âme, le festival Mira incarne la volonté d’une ville à se remettre en question et à retrouver le chemin de l’exigeance culturelle constituant sa véritable identité: Visca Mira festival!

Crédits Photos : Alba Ruperez, Xarlene Visuals, Mira Festival.

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