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Premier album « Orchestra » et une tournée, rencontre avec l’inimitable Worakls

Worakls est de ces artistes dont chacune des compositions est une histoire. Ces histoires qui te plongent parfois dans une euphorie que tu ne peux expliquer, parfois dans l’excitation la plus folle. Le co-fondateur du label Hungry Music (avec Joachim Pastor et N’to) sort son premier album Orchestra le 8 mars 2019, album qui, pour les aficionados de musique électro symphonique est l’un des plus attendus de l’année, d’autant qu’il s’agit du premier album solo de l’artiste.

Worakls a écrit l’album Orchestra comme un unique projet avec la tournée, où chaque titre a été écrit, pensé et composé dans le but de ne faire qu’un avec ses musiciens. Cloches, le teaser de l’album qui est sorti le 14 février attise la curiosité.

Son style particulier, alliant références classiques, mais aussi musiques de films font qu’il est souvent comparé à des artistes comme John Williams ou encore Hans Zimmer. Cette volonté de faire sa place parmi les compositeurs de bandes originales se ressent de plus en plus dans sa musique, déjà avec son EP Questions/ Réponses, le titre From Now On est sans doute le plus représentatif, de par sa puissance orchestrale.

« Au fil des années, je suis devenu de plus en plus sensible à l’émotion de la musique de film, et j’ai voulu orienter mon univers dans cette direction. Mélanger l’émotion de cette musique avec la liberté et l’énergie de la musique électronique… »

Il a, à deux reprises composé pour Guillaume Caramelle; pour le moyen métrage Au souvenir d’une lune, en 2014 et plus récemment Nikki Marianne un court métrage qui a été récompensé par une vingtaine de prix à l’occasion de différents festivals. Nikki est d’ailleurs l’un des titres de l’album Orchestra.

Ce samedi 9 mars, il jouera une nouvelle fois à guichet fermé au Bikini à Toulouse, après avoir rempli l’Olympia le mois dernier. À cette occasion, nous avons pu lui poser quelques questions avant la sortie de son premier album « Orchestra ».

Bonjour Worakls, merci beaucoup de prendre le temps de répondre à nos questions. Depuis le début nous te suivons dans la rédaction de LOFI et nous attendions avec grande impatience la sortie de cet album.

LOFI | Comment as-tu composé Orchestra ?

Le plus simplement du monde, morceau après morceau en respectant le processus que j’ai toujours employé. En exacerbant mes émotions du jour pour aller chercher un univers sur chacun d’entre eux, plutôt que de chercher une homogénéité sur l’album.

LOFI | Comment fais-tu pour transmettre autant d’émotions dans chacun de tes morceaux ? Est-ce que tu te bases sur tes émotions du moment pour composer ?

Oui tout à fait, comme je le disais dans la question précédente j’essaie de composer de manière très directe en ce qui concerne la direction artistique pour pouvoir obtenir un résultat le plus en lien avec mon inspiration de base. J’essaie de ne pas chercher l’émotion, mais juste de reproduire le plus fidèlement possible ce qui me vient.

LOFI | Comment est-ce que tu arrives à équilibrer la musique électronique et musique classique qui sont deux genres totalement opposés avec une énergie différente ?

Ça se fait assez naturellement en fait. La musique électronique est, selon moi, basée sur la répétition, un style très animal, bien qu’issu d’une machine. La musique classique au contraire est un style beaucoup plus basé sur l’émotion à chaque phrase, voire même à chaque changement d’accord selon le compositeur. Quand on fait l’analyse de ces deux genres musicaux, on se rend compte que même s’ils sont diamétralement opposés ils peuvent très bien s’associer, car ils ne remplissent pas du tout les mêmes critères. Comme deux cercles l’un à côté de l’autre qui ne se croisent jamais. J’ai donc essayé de tirer le meilleur de leurs forces respectives, tout en essayant de gérer le curseur entre les deux pour que ça ne parte n’importe comment.

LOFI | Souhaites-tu (ainsi que N’to et Pastor) faire prendre une direction particulière à Hungry Music suite à ton travail sur Orchestra ?

Pas du tout. En créant Hungry on a juste voulu s’affranchir des autres labels pour ne pas avoir à respecter les courants dits « à la mode ». La synergie qui a résultée de l’association de nos différents univers est très inspirante pour nous trois, mais « Orchestra » est une démarche personnelle qui me convient de par mes influences, mais qui ne convient pas spécialement aux autres. Ils me soutiennent et m’aident dès qu’ils le peuvent, mais ont leurs influences respectives qui les motivent. Le but d’Hungry Music est de sortir de la musique qui convient à chaque artiste et justement pas d’imposer quoi que ce soit à qui que ce soit !

LOFI | Souhaites-tu continuer à produire de la musique électronique comme tu l’as fait ces dernières années ou te concentrer sur des projets plus personnels (tel que la Compo de musique de film, etc.)

Je pense que l’un n’empêche pas l’autre. La musique électronique, comme la musique « orchestrale » sont ancrées dans mon ADN et il serait très difficile pour moi de créer un morceau sans utiliser ne serait-ce qu’un peu des deux styles. Très vite j’aurai besoin de savoir où je vais dans un futur à moyen terme et de me fixer d’autres objectifs, mais pour l’instant j’essaie de profiter un peu de l’aboutissement de deux années de travail au travers de ma tournée.

LOFI | Est-ce tu envisages des collaborations avec d’autres artistes de la scène électronique nationale (ou internationale) ?

Oui pourquoi pas. Ce n’est pas vraiment un objectif parce que pour moi, chaque compositeur tire sa force de ses extrêmes et le problème c’est que l’association de deux compositeurs a tendance à donner une œuvre qui se situe au juste milieu entre les deux. 

LOFI | Il y a un morceau qui nous a tous marqués au sein de la rédaction, La Parisienne, que tu as composé lors des attentats de Paris il y a trois ans déjà, qu’est-ce qui t’a poussé à retravailler la Marseillaise de la sorte, et comment as-tu réussi à produire une chanson si puissante de signification si rapidement ?

Je pense qu’on a tous été marqués par l’immense cruauté de ces évènements. Moi le premier. J’ai joué un an auparavant au Bataclan avec une intervention de mon père sur scène. La cohésion nationale qui en a résulté était très belle, mais je trouvais que la Marseillaise, dans sa version originale, bien que magnifique, ne correspondait pas forcément selon moi au tragique des évènements. Je me suis donc assis au piano pour essayer de faire coller la Marseillaise à ce que je ressentais à ce moment-là. C’est toujours compliqué de couvrir artistiquement un évènement comme celui-là, j’ai eu peur qu’on me reproche de faire de la récupération. Je l’ai fait très humblement, en hommage aux victimes, comme j’aurai pu déposer un bouquet de fleurs devant le Bataclan.

LOFI | Est-ce que tu pourrais envisager d’écrire un concert/album symphonique dépourvu de musique électronique (ou de manière très réduite tel un Nils Frahm ou Olafur Arnalds) ?

Oui bien sûr, mais il me manquerait quelque chose je pense. La musique électronique peut apporter quelque chose, quel que soit le morceau. Tout dépend de la position du curseur que l’on met entre les deux.

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